ETHOS

ETHOS in practice during the war

Constantin Sigov: J’en appelle à Pascal

Depuis plus de trente ans je me rends en France et, de retour en Ukraine, je parle de ce qu’elle a de remarquable. Avec le précieux concours des traducteurs des éditions l’Esprit et la lettre, nous avons publié des textes de classiques français, depuis Montaigne, Pascal et Descartes jusqu’à Paul Ricoeur, Emmanuel Levinas et Jacques Derrida. Mais, ces derniers temps, les nouvelles qui nous parviennent de Paris nous font mal. Je ne sais plus comment expliquer à mes amis de Kiev ce qui se passe chez vos élites.

Peut-être n’avais-je pas remarqué cette étrange coutume, peut-être m’avait-elle échappé. Dans votre espace public on juge un sadique et un tueur en série. Le Président de la République est-il tenu de lui épargner « l’humiliation » ? Cette étrange pratique s’applique-t-elle à tous les tueurs en série ou à un sur deux ? Ou peut-être ce privilège est-il réservé au tueur numéro un, au champion de la discipline sportive ? On lui lève le bras pour qu’il ne perde pas « la face »…

Que dit-on alors aux parents et aux amis des victimes ? Comment les regarde-t-on dans les yeux et qu’en est-il de leur face ? Quels mots, quels gestes trouve-t-on alors pour les aider à ne pas se sentir « humiliés », ou bien pire encore ?

Comment s’explique à vos yeux et dans votre conscience cette façon de communiquer sur le même plan avec les victimes de la violence et avec leur auteur ?

Comment réagissez-vous à ce rituel et à cette rhétorique ?

Comment les anthropologues de France décrivent-ils cette forme toute nouvelle qui est apparue dans notre civilisation ? Quels arguments trouvent-ils pour normaliser cette pratique monstrueuse ?

Pascal et ceux qui l’ont lu attentivement auraient de tout autres mots pour parler de ce qui se passe aujourd’hui au cœur même de l’Europe. Maintenant en Ukraine, sous nos propres yeux, c’est le Christ qui est en agonie, et il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.

On ne peut déshonorer la langue de Pascal en faussant les distinctions entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, entre le crime et la justice.

J’en appelle à Montaigne, à Pascal et à Descartes si nos contemporains ne sont pas entendus des dirigeants à qui ont été confiés notre bien commun, notre vie et notre mort.   

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